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1 LE LOYER IMPAYE
Le loyer impayé est la tuile
la plus redoutée qui arrive souvent au moment
le moins opportun, celui de partir en vacances ou
de faire face à une dépense importante...
Car en attendant de toucher ses loyers
en retard, le propriétaire doit continuer à
rembourser ses crédits, payer les charges et
peut-être même faire face à des
travaux, ou régler la taxe foncière,
...
L'arriéré du locataire est toujours à
prendre au sérieux, même si les réactions
doivent en toutes circonstances ne jamais être
disproportionnées par rapport à la gravité
de la situation : si la passivité est le meilleur
encouragement au laxisme et peut transformer un locataire
négligent en débiteur insolvable, à
l'inverse il ne faut pas braquer par des réactions
trop violentes un locataire en difficulté passagère.
Lettre simple (pas avant le 10 du mois pour
une échéance le 1er) et lettre recommandée
(idéalement 10 jours après) suffisent
en général pour faire rentrer dans le
rang les étourdis.
Au delà, ne vous précipitez surtout
pas sur l'huissier : cela fait des frais (si votre
locataire paye et que vous en restez là, vous
ne pourrez pas les lui faire payer !), et peut braquer
le locataire inutilement.
Inutile non plus de se précipiter sur les
cautions ! Mieux vaut d'abord chercher à savoir
ce qui se passe : ce peut être inquiétant
(divorce, surendettement, licenciement, maladie...)
ou au contraire bénin (absence pour voyage,
retard d'encaissement de revenu, simple négligence,
voire pure inconscience : manque de temps, rétention
de mauvaise humeur à cause d'un dégât
des eaux que le syndic met du temps à régler,
etc...) ; mieux vaut le savoir le plus rapidement
possible !
Pour cela, pas de meilleure méthode que de
contacter le ou les locataires, en parler avec doigté
et obtenir des engagements de paiement des arriérés
précis et datés, sur la tenue desquels
il faudra ensuite être intransigeant, comme
d'ailleurs sur la bonne foi ! C'est probablement le
seul moment où le bailleur doit payer de sa
personne, mais il est crucial : des résultats
de ce contact dépend toute la stratégie
de recouvrement que vous allez le cas échéant
devoir mettre en oeuvre et son efficacité !
Profile du débiteur et stratégie de
recouvrement
Le contact avec les locataires dès le premier
retard a deux avantages :
- il vous permet de déterminer à quel
type de débiteur vous avez affaire, et en particulier
de le classer dans une des trois catégories
suivantes : locataire de bonne foi mais en réelle
difficulté (perte d'emploi, revers financier
grave, maladie ou accident de la vie, etc.), locataire
disposant de moyens suffisants mais négligent
ou "braqué", enfin locataire de mauvaise
foi prêt à "planter" son "proprio"...
- il vous permet d'engager une phase de pré-contentieux
amiable à l'occasion de laquelle vous pourrez
conditionner l'octroi de délais - tous les
locataires quel que soit leur profil cherchent à
gagner du temps - à la fourniture d'informations
de solvabilité qui viendront rafraîchir
très utilement celles du dossier de candidature
devenues obsolètes : employeurs, actifs saisissables,
etc. ; toutes ces informations pourront s'avérer
très utiles si la phase amiable échoue
et qu'il faut engager un vrai contentieux ! Vous pourrez
même obtenir des garanties nouvelles comme par
exemple une nouvelle personne se portant caution,
ou un nantissement sur des parts sociales ou des actions...
C'est à ce stade qu'il convient de mettre
en jeu les cautions, et autant que possible avec la
collaboration du locataire.
Cette phase amiable suffit dans la grande majorité
des cas de retard de paiement. A défaut de
résultats fulgurants, elle permet au moins
de savoir un peu mieux à quoi s'en tenir, et
surtout d'identifier les deux situations potentiellement
les plus dangereuses, qui exigent une action immédiate
et énergique, même si par ailleurs le
bail est assorti d'une ou plusieurs cautions (à
défaut les garants pourraient arguer du préjudice
causé par l'inaction du bailleur pour se soustraire
à leur obligation de payer !) :
- celle où le locataire, bien que de bonne
foi, est réellement dans l'incapacité
de reprendre le règlement régulier du
loyer et des charges et a fortiori d'apurer en même
temps son arriéré, même étalé
sur une longue période,
- celle où le locataire ne coopère
pas, voire joue cyniquement le calendrier, multipliant
les promesses et effectuant de temps en temps des
règlements pour gagner du temps, avant en général
de disparaître dans la nature !
Face à un locataire de bonne foi mais en réelle
difficulté, il est de l'intérêt
du bailleur de l'orienter vers les services sociaux
de la mairie, et de saisir lui-même la Caisse
d'allocations familiales (CAF) ou la SDAPL (Section
d'aide publique au logement) ; les locataires en difficulté
ont parfois du mal à reconnaître la gravité
de leur problème financier, font "l'autruche"
ou ne connaissent pas toutes les possibilités
d'aide dont ils peuvent bénéficier !
Au mieux, si les difficultés sont surmontables,
ces organismes mettront en place des aides sur les
budgets locaux et le FSL (Fonds de solidarité
logement), et au pire il pourra être mis en
route une procédure de relogement, en logement
social ou en hébergement d'urgence suivant
la gravité du sinistre...
Avantage pour le bailleur : une chance de sauver
la situation, et à défaut, dans tous
les cas un gain de temps et l'économie possible
d'une procédure d'expulsion ! Et si elle ne
peut être évitée, soit par manque
de coopération du locataire, soit du fait de
l'inertie des services locaux qu'il faut alors mettre
au pied du mur, l' enquête sociale aura eu lieu
et le dossier de relogement sera depuis longtemps
dans le circuit...
Pour le locataire de mauvaise foi, point n'est besoin
de tels préalables : contrairement à
ce qui se dit communément, le bailleur dispose
d'un arsenal complet pour déclencher les foudres
de la loi et de la justice ! Le seul problème
est le temps que cela prend (un an minimum pour arriver
à une décision d'expulsion exécutable)
et l'avance de fonds nécessaire, d'où
la nécessité, on ne le répètera
jamais assez, de s'assurer pour le risque locatif,
et se couvrir ainsi à la fois pour les pertes
de recettes (jusqu'à 2 ans) et les frais de
procédure à engager...
Les moyens légaux du bailleur
Ces foudres prennent dans un premier temps nécessairement
la forme d'un commandement visant la clause résolutoire
du bail, qu'il convient de doubler d'une saisie-gagerie
sur le mobilier et les effets personnels (plus éventuellement
le véhicule personnel s'il n'est pas en location),
et suivi en cas d'absence de résultat pendant
un délai de deux mois d'une double action judiciaire
: l'une pour faire prononcer l'acquisition de la clause
résolutoire du bail, qui ouvre la voie à
l'expulsion, et l'autre pour obtenir à l'encontre
du débiteur et des cautions éventuelles
un titre de condamnation au paiement des arriérés
; il s'agit alors d'un titre dit exécutoire,
c'est à dire transmissible à un huissier
pour recouvrement, soit spontané, soit par
voie de saisie vente des biens meubles, soit encore
par voie de saisie attribution des rémunérations,
du compte bancaire, ou de tout autre actif saisissable
comme la saisie à tiers détenteur...
Même si ce n'est pas théoriquement pas
obligatoire, les actions devant le tribunal doivent
dans la pratique être engagées avec recours
à un avocat, ou plus simplement à un
huissier, s'il en est encore qui acceptent de le faire,
et à condition qu'il n'y ait pas de litige
d'une autre nature - état des lieux, charges,
travaux... - susceptible de compliquer l'instance
!
La priorité est bien entendu donnée
à l'obtention d'une ordonnance d'expulsion
(1), seul évènement en cas d'arrêt
définitif des paiements susceptible d'arrêter
l'hémorragie ! De façon au demeurant
décisive, car si l'expulsion ne peut être
exécutée faute de recevoir le concours
de la force publique - le préfet est seul juge
de l'opportunité de le fournir eu égard
aux considérations d'ordre public qui relèvent
de sa responsabilité - le propriétaire
est en droit de demander à l'Etat de l'indemniser
pour la perte de revenu résultant de la non
exécution d'une décision de justice
(procédure à engager devant le tribunal
administratif après mise en demeure en bonne
et due forme...)
Le cas particulier d'un locataire avec "Loca-pass"
En même temps que l'avance du dépôt
de garantie, le locataire muni d'une aide "Loca-pass"
vous apporte une garantie de paiement du loyer et
des charges sur 18 mois pendant les trois premières
années du bail ; en cas d'impayé, vous
demandez à l'organisme qui l'a délivrée
de se substituer au locataire défaillant, et
ce en qualité de caution solidaire... Comme
tout garant, l'organisme a la possibilité de
recouvrer auprès du locataire les sommes qu'il
a avancées pour son compte mais il n'a pas
vocation à faire plus : il vous incombe d'apprécier
la situation du locataire et si celle-ci est désespérée,
ou si le locataire ne paraît pas outre mesure
inquiété par les sollicitations de l'organisme
garant, vous aurez intérêt à engager
rapidement les actions idoines faute de quoi vous
vous retrouveriez au bout des 18 mois avec le même
locataire défaillant et cette fois sans couverture
! Petit détail à ne pas négliger
: le Loca-pass ne rembourse pas les frais de procédure
à engager...
2 LES ASSURANCES
Les assurances loyers impayés proposent de
payer le loyer à la place du locataire quand
celui-ci ne paie pas. Attention aux multiples options
et clauses des contrats.
• Le principe de ces assurances
Ces assurances proposent de vous verser la totalité
- du moins en général - du loyer, charges
comprises, à la place du locataire, si ce dernier
ne s'en acquittait pas. Ainsi, vous continuez à
recevoir le revenu sur lequel vous comptiez, comme
si de rien n'était.
Le plus souvent, la compagnie d'assurance prend également
en charge les frais du contentieux à engager
contre le mauvais payeur, pour obtenir le remboursement
de la dette. Certaines d'entre elles, mais elles sont
peu nombreuses, vous offrent une ligne
téléphonique dédiée
permanente durant toute la durée de votre contrat
d'assurance (pour toute assistance juridique sur votre
gestion locative).
En outre, le contrat peut aussi offrir, souvent en
option, une garantie «dégradations immobilières»
- qui couvre les dommages causés par le locataire
au logement (en dehors bien sûr de l'usure normale)
- ou une garantie «inoccupation», pour
vous dédommager de la perte de revenu liée
à la vacance de votre bien entre deux locataires.
La prime de la garantie «loyers impayés»
est déductible des revenus fonciers, à
condition que son coût soit distinct des autres
garanties (frais de contentieux et détériorations
immobilières…) qui ne bénéficient
pas de cet avantage.
• Examinez bien les contrats
Ces assurances doivent être examinées
à la loupe car elles comportent de multiples
restrictions. Par exemple, l'indemnisation des loyers
impayés est en général limitée
dans le temps (12 mois, 24 mois au maximum…) ou à
un certain montant. De même, celle des dégradations
immobilières est souvent plafonnée.
Parfois, la garantie ne joue pas dès la souscription
du contrat, mais seulement après un certain
délai. Les impayés survenus pendant
ce temps ne seront donc pas indemnisés. Parfois
aussi, les premiers mois d'impayés ne sont
pas pris en charge.
Mais, surtout, ces assurances ne couvrent que les
locataires sélectionnés selon les critères
retenus par l'assureur (revenu minimal…).
Et vous obligent, si vous voulez être indemnisé,
à respecter une procédure
particulière dès les premiers
jours de retard dans le paiement du loyer, notamment
pour les lettres de relance et de mise en demeure
adressées au locataire, certaines
vont jusqu'à vous demander de mandater un huissier
avant toute prise en charge.
L'assurance est en principe souscrite lors de l'arrivée
d'un nouveau locataire. Mais il est parfois possible
d'en profiter pour un locataire déjà
en place si celui-ci n'a pas eu d'impayés et
si l'assureur accepte. Dans ce cas, il appliquera
souvent un délai de carence (une période
probatoire de quelques mois pendant laquelle la garantie
ne jouera pas), afin de dissuader les propriétaires
qui sentent venir des difficultés de s'assurer
in extremis.
Lire aussi :
•
Les avantages d'un loyer raisonnable
•
Vérifier la solvabilité des candidats
locataires
• La
caution et le dépôt de garantie
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